
C'est décidément plus fort que moi,
ou bien tout tourne tellement autour de moi
dans ma tête que je ne supporte pas
quand d'un coup ça s'arrête,
ou bien je suis vraiment, mais alors
vraiment trop à fleur de peau.
Et il y a surtout quelque chose que je comprends pas.
Pourquoi est-ce que je m'imagine toujours le pire ?
J'enfonce tellement le couteau dans la plaie -fictive-
que résultat, ben ça me fait mal pour de vrai.
Est-ce que ça tient du masochisme, sérieusement ?
J'ai tellement peur de perdre ce qui m'est cher,
que dès qu'il y a un tout petit quelque chose,
le monde s'écroule.
Voilà ce que je rumine depuis des semaines,
sans arriver à chasser véritablement
ces idées de ma ô combien torturée tête.
Et puis d'un coup, ben j'ai ouvert les yeux.
Et même si j'ai eu honte après coup,
d'avoir autant monopolisé mon esprit
avec ces pensées psychopathogènes,
ben ça m'a fait du bien de voir autre
chose. Pas forçément plus gai, mais bon.
C'est con, mais c'est arrivé cet aprem,
en allant au boulot, bêtement, suivant
le flot compact et continu des usagers
du métro. Et d'un coup je vois un gars.
Un jeune, assis dans les couloirs, un chien,
un béret posé par terre, trois pièces dedans,
qui parle à des gens qui le voient sans le voir.
Je me suis arrêtée net.
Bien sûr c'est pas la première fois que je voyais
un jeune en galère, à la rue, qui demande un peu
d'aide aux gens qui passent.
Mais là, c'était saisissant.
Il tremblait, tremblait, tremblait de froid,
et après avoir parlé rapidement avec lui
je suis repartie, la gorge nouée, les yeux humides,
tellement j'étais chamboulée.
C'est difficile de décrire le sentiment qui nous anime
quand quelque chose nous bouleverse vraiment,
on est peu sonné, et on a même pas envie d'en parler,
tellement c'était fort.
Et voilà que d'un coup, en quelques minutes,
mes pensées se sont changées.
Je ne maugréais plus contre mes cas de conscience,
mais j'étais en colère, quelque part, contre
les Gens, tous ceux qui passent sans rien voir,
moi y compris, en colère de voir des personnes
dans la merde à ce point, démunis de tout,
matin, midi, soir, dans le froid, avec rien
d'autre que des regards indifférents.
Jolie claque, tout de même.
Il m'a appellée Princesse,
rien que pour le peu que
j'ai pu lui offrir.
Merde à la fin, c'est pourtant tellement plus simple
d'accorder un peu de temps à quelqun que de faire
semblant de ne pas le voir.

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