lundi 7 juin 2010

Et ils eurent beaucoup d'enfants




Y'a des fois où je me demande
ce que je peux bien être, au fond.
Est-ce que je suis une grande personne,
un gros bébé dodu, un lapin blanc à la bourre ?
Un peu comme quand on regarde une photo
de nous quand on était petit :
"C'est moi ça ?
Oui enfin bon C'ETAIT moi,
le passé quoi.
Mais c'est moi quand même.
En différent.
Mais toujours la même."

Impossible de clore le débat :
Est-ce qu'on se baigne deux fois
dans le même fleuve,
ou est-ce que le fait que cette
putain d'eau coule (comme toute
eau de fleuve qui se respecte)
fait que c'est un autre fleuve
dans lequel on se baigne puisque
ce n'est pas la même eau ?
Suite à cette question,
on a inventé les prénoms
pour régler le conflit.
Si le fleuve, bien que l'eau coule,
(ne pas oublier la partie adverse)
porte un nom, tout le monde est
content non ?

Je crois que c'est à peu près pareil
pour les êtres humains :
on est ce que les autres ont envie
de voir de nous.
Tout ce que les autres ont envie
qu'on soit.
Le tout regroupé pêle mêle
et réduit à notre prénom.
Le truc, c'est que ça vient
forçément se contredire,
toutes ces identités
regroupées en une seule.
Comme si on décidait
de mettre dans un mixer
tous les aliments préférés
-ou détestés- des vingts
personnes qui nous fréquentent
le plus, selon le moment
ou l'endroit.

Forçément ça serait dégueu.
Pourtant on est cette petite
bouillie plus ou moins bien mixée,
avec plein de goûts chelous
et une note majeure qui serait
la touche de la personne qui
nous inspire/influence le plus.


Ca doit dépendre de ce qui nous entoure :
devant ma cousine de 15ans j'ai l'impression
d'être une vétérante du lyçée et de la vie en général ;
devant celle de 23 une ado qui
écrirait encore en rose dans son journal intime,
avec des ronds sur les i gros comme
un zeppelin.
Devant Florent, celle d'être telle que
j'ai le sentiment d'être, avec mes quelques
qualités et mon quintal de défauts.
Devant les grands parents, celle d'être
une nouvelle adulte, qui avance dans la vie.
Et puis devant Papa-Maman...
L'impression d'avoir encore 8 ans,
parce que je me fais engueuler
quand j'obtiens des résultats médiocres.

C'est moche, de se sentir autant un bébé.
De pas oser hausser le ton, de balbutier,
d'avoir aucun argument,
qui bien sûr arrivent après coup quand on
rumine dans son coin, la truffe humide.
(Oui parce qu'en plus, même si on n'en
reçoit plus l'ordre, on va quand même
dans sa chambre après s'être fait gronder)

Ca n'arrive pas tous les jours, (merci à la divinité
quelle qu'elle soit, qui m'accorde de tels répits)
mais quand c'est là, j'ai l'impression de faire
un bond de dix ans en arrière.
N'allons pas nous emporter avec de grands mots
psycho-freudiens et des complexes de grecs,
mais y'a quand même de l'infantilisation dans l'air.
Et là, rien que de dire que je suis traitée -à tort-
en mineure loin de ses 18ans, je m'y enfonce encore plus.

Se plaindre des parents qui en attendent toujours plus de soi,
qui sont là pour nous féliciter, nous engueuler, mais jamais
pour compatir ou être désolés quand on s'est foiré
et qui ne cherchent pas à comprendre,
ça me donne l'impression d'être en crise d'ado.
Même mon sentiment de révolte me fait retourner
à l'âge où j'avais un appareil dentaire et des van's.

Et c'est pas juste de rien pouvoir faire contre ça.
On ne peut rien y changer, quand ça joue autant
sur la corde sensible.

Et là, à ce moment-là, je me sens comme une petite,
toute toute petite merde.

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